Dans le secteur des industries chimiques, le départ à la retraite d’un cadre ou d’un…
Départ à la retraite dans la métallurgie (CCN 3248) : préavis, indemnités et conditions en 2026
Depuis le 1er janvier 2024, une convention collective unique régit l’ensemble des salariés de la métallurgie, cadres comme non-cadres. Quelles règles de départ à la retraite s’appliquent désormais ? Quel préavis respecter, quelle indemnité espérer, et en quoi la nouvelle classification modifie-t-elle vos droits ? Cet article fait le point, barème officiel à l’appui (articles 77 et 78 de la convention), sur le départ volontaire, la mise à la retraite et la rupture conventionnelle de fin de carrière.
La convention collective de la métallurgie (IDCC 3248) en bref
La métallurgie constitue l’une des plus grandes branches professionnelles de France. Depuis 2024, elle relève d’un texte unique qui a rebattu les cartes du départ à la retraite.
Un texte unique qui remplace les anciennes conventions
Jusqu’en 2024, la métallurgie relevait d’une mosaïque de conventions territoriales et de textes propres aux ouvriers, ETAM et ingénieurs-cadres. La convention collective nationale de la métallurgie du 7 février 2022 (IDCC 3248), entrée en vigueur le 1er janvier 2024, a unifié ce dispositif.
Sa version consolidée intègre les différents avenants successifs, dont le dernier en date est celui du 20 février 2026. Les dispositions relatives à la fin de carrière figurent notamment aux articles 77 (départ volontaire à la retraite) et 78 (mise à la retraite).
La classification en groupes d’emplois A à I
La convention collective nationale de la métallurgie repose sur une classification unique des emplois, organisée en 9 groupes d’emplois (A à I), eux-mêmes répartis en 18 classes d’emploi.
- Le groupe d’emplois détermine notamment les salaires minima conventionnels, les règles applicables en matière de préavis et le barème de l’indemnité conventionnelle de licenciement.
- Les groupes F à I correspondent aux emplois d’encadrement, d’ingénierie et de cadres.
L’identification du groupe d’emplois constitue un préalable indispensable à toute simulation de fin de carrière ou de départ à la retraite.
Les salariés concernés
La convention collective nationale de la métallurgie s’applique à l‘ensemble des salariés des entreprises dont l’activité principale relève du champ professionnel de la métallurgie.
- Depuis le 1er janvier 2024, cadres et non-cadres sont désormais soumis à un texte conventionnel unique, qui remplace les anciennes conventions territoriales et catégorielles.
- L’application de la convention dépend de l’activité principale réellement exercée par l’entreprise, et non de son adhésion à l’UIMM ou à une organisation professionnelle.
En savoir plus : Les différents modes de départ à la retraite
Quels sont les modes de départ en fin de carrière dans la métallurgie ?
Plusieurs situations permettent de mettre fin au contrat en vue de la retraite. Chacune obéit à des règles propres de préavis et d’indemnisation.
Le départ volontaire à la retraite
Le départ volontaire est le cas le plus fréquent : le salarié décide lui-même de mettre fin à son contrat de travail afin de bénéficier d’une pension de retraite.
- L’initiative vient du salarié, qui quitte l’entreprise pour liquider sa pension de vieillesse.
- Il suppose le respect d’un préavis et ouvre droit à une indemnité conventionnelle spécifique (art. 77).
- L’âge légal de départ dépend de l’année de naissance, entre 62 et 64 ans après la réforme de 2023.
La mise à la retraite par l’employeur
À l’inverse, la mise à la retraite résulte d’une décision de l’employeur. Pour protéger le salarié, la loi l’encadre strictement.
- L’initiative vient de l’employeur, sous conditions d’âge strictes (art. 78).
- Elle ne constitue pas un licenciement et ouvre droit à une indemnité spécifique.
- Le salarié conserve la possibilité de refuser la mise à la retraite entre 67 et 69 ans, à partir de 70 ans, son accord n’est plus requis.
La rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle repose sur un accord négocié entre le salarié et l’employeur. Elle séduit en fin de carrière par sa souplesse et son régime fiscal.
- Elle résulte d’un accord entre les parties, homologué par l’administration.
- Son indemnité ne peut être inférieure à l’indemnité conventionnelle de licenciement (art. 76).
- Elle est fréquemment utilisée pour organiser une transition négociée vers la retraite.
En savoir plus : Rupture conventionnelle avant la retraite
Quelle est la durée du préavis applicable ?
Le préavis varie selon le mode de départ et, en cas de licenciement, selon la classification du salarié.
Le préavis de départ ou de mise à la retraite
Pour le départ volontaire (art. 77.2) comme pour la mise à la retraite (art. 78.2), la durée est identique :
- 1 mois calendaire si l’ancienneté est inférieure à 2 ans
- 2 mois calendaires si l’ancienneté est au moins égale à 2 ans.
L’ancienneté s’apprécie à la date de notification de la décision.
Le non-respect du préavis ouvre droit à une indemnité compensatrice.
L’effet de la classification sur le préavis de licenciement
Le préavis de licenciement (art. 75.2.1) dépend de l’ancienneté, du groupe d’emplois et, pour certains salariés, de l’âge :
- Tous groupes : 1 mois si l’ancienneté est inférieure à 2 ans ; 2 mois à partir de 2 ans.
- Groupe E : 3 mois à partir de 3 ans d’ancienneté.
- Groupes F à I : de 3 à 6 mois selon l’âge et l’ancienneté (jusqu’à 6 mois à partir de 55 ans, ou dès 50 ans avec 5 ans d’ancienneté).
La classification n’allonge le préavis qu’en cas de licenciement, et non en cas de départ volontaire à la retraite.
Quelle indemnité de départ volontaire à la retraite percevez-vous ?
L’indemnité dépend de votre ancienneté et de votre salaire de référence.
Le barème conventionnel par ancienneté
L’article 77.3 fixe les montants minima suivants :
| Ancienneté du salarié | Indemnité (mois de salaire de référence) |
| ≥ 2 ans et < 5 ans | 0,5 |
| ≥ 5 ans et < 10 ans | 1,0 |
| ≥ 10 ans et < 20 ans | 2,0 |
| ≥ 20 ans et < 30 ans | 3,0 |
| ≥ 30 ans et < 35 ans | 4,0 |
| ≥ 35 ans et < 40 ans | 5,0 |
| ≥ 40 ans | 6,0 |
- Le droit à indemnité est ouvert à partir de 2 ans d’ancienneté.
- Les montants sont exprimés en nombre de mois de salaire de référence.
- Ce barème s’applique à tous les groupes d’emplois, cadres compris.
Le salaire de référence retenu
Il correspond à la formule la plus avantageuse pour le salarié.
- Soit la moyenne des 12 derniers mois de rémunération brute.
- Soit la moyenne des 3 derniers mois, primes annuelles intégrées au prorata.
Les éléments exceptionnels sont retenus dans la limite d’un calcul proportionnel.
Un exemple de calcul : un salarié totalise 22 ans d’ancienneté et un salaire de référence de 3 500 €.
- Son ancienneté ouvre droit à 3 mois (tranche 20 à 30 ans).
- Son indemnité s’élève à 3 × 3 500 = 10 500 € bruts.
En savoir plus : Le montant de votre indemnité de départ en retraite
Mise à la retraite : quelle indemnité et quelles conditions d’âge ?
La mise à la retraite à l’initiative de l’employeur est strictement encadrée par le Code du travail.
Les conditions d’âge fixées par le code du travail
L’employeur ne peut pas mettre un salarié à la retraite à n’importe quel âge. La loi distingue trois situations.
| Âge du salarié | Possibilité pour l’employeur |
| Avant 67 ans | Mise à la retraite impossible |
| 67 à 69 ans | Possible uniquement avec l’accord du salarié |
| À partir de 70 ans | Mise à la retraite d’office possible |
Entre 67 et 69 ans, l’employeur doit interroger le salarié, qui peut refuser chaque année. Un refus interdit la mise à la retraite pour l’année considérée.
Le montant de l’indemnité de mise à la retraite
Contrairement au départ volontaire, la convention ne prévoit pas de barème spécifique pour la mise à la retraite : elle renvoie au minimum légal.
- L’indemnité est au moins égale à l’indemnité légale de licenciement, et non à l’indemnité conventionnelle.
- Elle se calcule sur le même salaire de référence que l’indemnité de licenciement.
Cette règle distingue la métallurgie de conventions comme la Syntec, où la mise à la retraite est alignée sur l’indemnité conventionnelle de licenciement, généralement plus favorable.
En savoir plus : Convention collective Syntec : départ à la retraite des cadres
Cadres : pourquoi surveiller la minoration de l’indemnité avant 64 ans ?
Pour les salariés des groupes F à I, l’indemnité de licenciement obéit à un barème spécifique, pouvant être majoré ou minoré selon l’âge. Cette règle concerne également la rupture conventionnelle, dont l’indemnité ne peut être inférieure à l’indemnité conventionnelle de licenciement.
Le barème d’indemnité de licenciement des groupes F à I
Les cadres et ingénieurs relèvent d’un barème distinct, plus généreux mais plafonné, dont le calcul combine plusieurs taux selon l’ancienneté.
- Moins de 8 ans d’ancienneté : 1/4 de mois de salaire par année.
- À partir de 8 ans : 1/5 de mois par année jusqu’à 7 ans, puis 3/5 de mois par année au-delà.
- Plafond global : 18 mois de salaire de référence.
- Majoration de +20 % (50 à 55 ans) ou +30 % (55 à 60 ans), sous condition de 5 ans d’ancienneté.
La minoration de 5 à 40 % entre 61 et 64 ans
Ce barème subit toutefois une réduction progressive à l’approche de la retraite, qui s’accentue chaque année.
| Âge du salarié | Minoration appliquée |
| 61 ans | 5 % |
| 62 ans | 10 % |
| 63 ans | 20 % |
| 64 ans et plus | 40 % |
Cette minoration vise l’indemnité de licenciement et de rupture conventionnelle des cadres. Elle ne peut jamais réduire l’indemnité en deçà du minimum légal.
L’exonération liée au taux plein
La minoration n’est pas systématique : elle ne vise que les salariés déjà en mesure de liquider sa retraite de base à taux plein.. Tant que ce n’est pas le cas, l’indemnité est versée sans réduction.Si la retraite est liquidée avec une décote, l’indemnité conventionnelle est due en totalité, sans réduction liée à l’âge.
Pour un cadre, c’est un arbitrage clé : atteindre le taux plein améliore la pension, mais fait basculer l’indemnité dans le régime minoré.
En savoir plus : Retraite à taux plein et trimestres requis
Quelle fiscalité pour votre indemnité de départ ?
Le traitement fiscal et social diffère fortement selon le mode de départ.
Le départ volontaire à la retraite
Le départ volontaire est le moins avantageux fiscalement : l’indemnité est traitée comme un salaire ordinaire, son montant net est donc nettement réduit.
- L’indemnité est imposable en totalité, dans la catégorie des traitements et salaires.
- Elle est soumise aux cotisations sociales ainsi qu’à la CSG et la CRDS dès le premier euro.
Constituant un revenu exceptionnel, elle peut toutefois bénéficier, sur demande, du système du quotient pour atténuer l’impôt sur le revenu.
La mise à la retraite
La mise à la retraite bénéficie d’un régime social et fiscal plus favorable, dans les limites prévues par la loi.
- L’indemnité est exonérée de cotisations sociales dans la limite de 2 PASS (96 120 € en 2026)
- La CSG et la CRDS ne sont dues que sur la fraction de l’indemnité qui n’est pas exonérée
- L’indemnité est partiellement exonérée d’impôt sur le revenu dans les limites prévues par la loi.
Tableau comparatif
Le tableau ci-dessous synthétise les deux régimes : départ volontaire et mise à la retraite
| Élément | Départ volontaire | Mise à la retraite |
| Impôt sur le revenu | Imposable en totalité | Exonéré dans les limites légales |
| Cotisations sociales | Dues en totalité | Exonérées jusqu’à 2 PASS |
| CSG / CRDS | Dues sur la totalité | Dues sur la part non exonérée |
En savoir plus : Imposition de la prime de départ en retraite
Points de vigilance avant votre départ
Quelques précautions permettent de sécuriser vos droits et d’optimiser votre fin de carrière.
- Identifiez votre groupe d’emplois (A à I) : il conditionne préavis et indemnités.
- Vérifiez votre ancienneté exacte à la date de rupture, qui fixe le montant de l’indemnité.
- Comparez les scénarios : départ volontaire, mise à la retraite et rupture conventionnelle n’ont ni le même coût ni la même fiscalité.
- Pour un cadre, mesurez l’effet du taux plein sur la minoration de l’indemnité.
- Anticipez la date optimale de départ pour cumuler taux plein, surcote éventuelle et indemnité la plus favorable.
En résumé : la convention collective nationale de la métallurgie fixe un cadre unique pour les départs en fin de carrière. Le départ volontaire à la retraite ouvre droit à une indemnité de 0,5 à 6 mois selon l’ancienneté, avec un préavis de 1 à 2 mois. La mise à la retraite, possible dès 70 ans, donne droit à l’indemnité légale de licenciement. La rupture conventionnelle, elle, s’appuie sur le barème conventionnel, particulièrement favorable pour les cadres des groupes F à I. Avant toute décision, il est essentiel de comparer ces différentes options, le choix du mode de rupture et de la date de départ influence directement le montant de l’indemnité perçue, son régime fiscal et le niveau de votre future pension.
Vous souhaitez anticiper votre départ en retraite ?
Avant de trancher, faites le point sur votre situation. Un bilan retraite personnalisé permet de simuler vos indemnités, de comparer les modes de départ et de choisir la date la plus favorable pour optimiser vos revenus futurs.
