Lorsque vous êtes au chômage indemnisé par France Travail et que vous approchez de l’âge…
Rupture conventionnelle avant la retraite : quelles conditions et points de vigilance ?
Quitter un emploi à l’approche de la retraite peut être une décision pertinente, à condition d’être bien informé. La rupture conventionnelle, souvent utilisée pour organiser une fin de carrière en douceur, suscite un intérêt croissant chez les salariés proches de la retraite. Toutefois, mal anticipée, elle peut avoir des conséquences importantes sur vos droits au chômage, sur la fiscalité de votre indemnité, ou encore sur le montant et le versement de votre future pension. Dans cet article, nous vous expliquons ce qu’est la rupture conventionnelle, comment elle fonctionne, en quoi elle diffère d’une démission ou d’un licenciement, si elle est appropriée à l’approche de la retraite, quels avantages elle peut offrir, et les risques à ne pas négliger.
| ⚠️ Évolution législative – En vigueur depuis le 1er septembre 2026 L’avenant n° 2 du 10 avril 2026 à la convention d’assurance chômage du 15 novembre 2024 réduit les durées maximales d’indemnisation ARE après rupture conventionnelle individuelle. Pour les moins de 55 ans, la durée passe de 18 à 15 mois (456 jours). Pour les 55-56 ans, elle est ramenée de 22,5 à 20,5 mois. Les salariés de 57 ans et plus sont les plus impactés : leur durée maximale chute de 27 mois (822 jours) à 20,5 mois (624 jours), avec une possibilité de prolongation appréciée au cas par cas par France Travail. Ces règles s’appliquent aux contrats dont la fin effective intervient à compter du 1er septembre 2026, quelle que soit la date de signature ou d’homologation. La rupture conventionnelle collective n’est pas concernée. 🗓️ Mise à jour : 1er septembre 2026 |
Qu’est-ce qu’une rupture conventionnelle ?
La rupture conventionnelle est un mode de rupture du contrat de travail à durée indéterminée (CDI) fondé sur un accord mutuel entre le salarié et l’employeur. Créée par la loi du 25 juin 2008, elle constitue une alternative encadrée à la démission ou au licenciement.
La procédure suit plusieurs étapes obligatoires :
- Un ou plusieurs entretiens pour fixer les conditions de la rupture
- La signature d’une convention précisant la date de fin du contrat et le montant de l’indemnité spécifique
- Un délai de rétractation de 15 jours calendaires
- L’envoi de la convention à la DDETSPP pour homologation
Une fois homologuée, la rupture prend effet à la date convenue. Ce dispositif ne peut être imposé par l’une des parties et s’applique exclusivement aux contrats en CDI (hors CDD, contrats d’apprentissage ou de professionnalisation).
En quoi la rupture conventionnelle diffère-t-elle d’une démission ou d’un licenciement ?
Contrairement à la démission, la rupture conventionnelle permet au salarié de bénéficier de l’allocation chômage (ARE), sous réserve de validation par l’administration. Contrairement au licenciement, elle n’est pas motivée par une cause réelle et sérieuse, et se veut non conflictuelle.
- Démission : initiative du salarié, sans indemnité légale de départ ni accès automatique au chômage
- Licenciement : décision unilatérale de l’employeur, accompagnée d’une indemnité et du droit au chômage sauf exceptions
La rupture conventionnelle repose, elle, sur un consentement réciproque, prévoit une indemnité spécifique obligatoire, et permet un départ dans un cadre sécurisé. Elle est notamment utilisée pour organiser une fin de carrière apaisée, par exemple en vue d’un départ à la retraite.
Tableau comparatif : rupture conventionnelle, démission, licenciement :
| Rupture conventionnelle | Démission | Licenciement | |
|---|---|---|---|
| Initiative | Conjointe (employeur et salarié) | Salarié uniquement | Employeur uniquement |
| Accord des parties | Oui, obligatoire | Non | Non |
| Motif | Sans motif spécifique requis | Pas de justification requise | Motif personnel ou économique obligatoire |
| Procédure | Entretien(s) + convention signée + homologation | Lettre de démission | Lettre de licenciement + procédure légale stricte |
| Indemnité de départ | Oui (au minimum indemnité légale de licenciement) | Non (sauf clause ou usage spécifique) | Oui (sauf faute grave ou lourde) |
| Préavis | À négocier | Oui (sauf dispense) | Oui (sauf dispense ou faute grave/lourde) |
| Assurance chômage (ARE) | Oui, si homologation validée | Non (sauf démission légitime) | Oui |
| Date de fin du contrat | Fixée d’un commun accord | Décidée par le salarié | Fixée par l’employeur |
| Effet sur la retraite | Trimestres validés si indemnisation chômage ensuite | Trimestres non validés sans emploi ou indemnisation | Trimestres validés si chômage indemnisé ensuite |
Peut-on signer une rupture conventionnelle avant de partir à la retraite ?
La loi ne fixe aucune limite d’âge pour conclure une rupture conventionnelle. Ainsi, un salarié peut y recourir à tout moment, même à l’approche de la retraite. Toutefois, les conséquences varient selon l’âge du salarié et ses droits acquis en matière de retraite.
Avant l’âge légal de départ à la retraite
Depuis la réforme des retraites de 2023, l’âge légal de départ à la retraite est progressivement relevé de 62 à 64 ans, selon votre année de naissance. Par exemple, il reste fixé à 62 ans pour les personnes nées en 1960, mais atteindra 64 ans pour celles nées à partir de 1968.
Tant que vous n’avez pas encore atteint l’âge légal qui vous concerne, vous pouvez percevoir l’allocation chômage (ARE), à condition de remplir les critères d’ouverture de droits auprès de France Travail. Cela vous permet de maintenir un revenu de remplacement en attendant de remplir les conditions pour liquider votre retraite à taux plein.
Après l’âge légal, sans avoir le taux plein
Si vous avez atteint l’âge légal de départ à la retraite (entre 62 et 64 ans selon votre année de naissance), mais que vous ne remplissez pas encore les conditions pour bénéficier d’une retraite à taux plein, vous pouvez continuer à percevoir l’allocation chômage pendant la durée d’indemnisation initialement prévue.
Le taux plein pour la retraite peut être obtenu soit en validant le nombre de trimestres requis selon votre année de naissance (entre 167 et 172), soit automatiquement à 67 ans, même si vous n’avez pas tous vos trimestres.
Au-delà de la durée d’indemnisation initiale, l’allocation chômage peut être prolongée, sous certaines conditions, tant que le taux plein pour la retraite n’est pas atteint.
En cas de retraite anticipée
Certains salariés peuvent partir avant l’âge légal de départ à la retraite grâce à des dispositifs spécifiques, tels que la retraite anticipée pour carrière longue, la retraite pour inaptitude au travail, ou encore la retraite anticipée liée à une incapacité permanente résultant d’un accident du travail, d’une maladie professionnelle ou d’un handicap.
Dans ces situations, la rupture conventionnelle peut constituer un levier pour anticiper et organiser la fin d’activité. Toutefois, une vigilance particulière s’impose : si vous êtes éligible à une retraite anticipée à taux plein, vous ne pourrez pas bénéficier de l’indemnisation chômage versée par France Travail. Dans ce cas, vous devrez demander la liquidation de votre retraite dès la fin de votre contrat de travail afin d’éviter toute interruption de ressources.
Pour aller plus loin, à lire : Chômage indemnisé et départ à la retraite : quelles sont les règles applicables en 2026 ?
Quels sont les avantages de la rupture conventionnelle ?
Recourir à une rupture conventionnelle à l’approche de la retraite peut offrir de réels bénéfices, à condition d’être bien informé. Ce dispositif permet d’anticiper sereinement la fin de carrière tout en sécurisant financièrement la période de transition vers la retraite. Quatre leviers principaux se combinent :
- Une indemnité de rupture au moins égale à l’indemnité légale de licenciement, souvent négociable à la hausse.
- L’accès à l’allocation chômage (ARE), contrairement à une démission.
- La validation de trimestres et l’acquisition de points AGIRC-ARRCO pendant toute la période de chômage indemnisé.
- La maîtrise de la date de départ, qui permet de caler la fin de contrat sur l’atteinte du taux plein.
⚠️ Ces avantages ont été sensiblement réduits pour les ruptures conventionnelles prenant effet à partir du 1er septembre 2026. Le calcul doit être refait au cas par cas.
Quelle indemnité perçoit-on lors d’une rupture conventionnelle ?
Le calcul de l’indemnité légale minimale
L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle ne peut être inférieure à l’indemnité légale de licenciement. Elle est calculée sur l’ancienneté du salarié dans l’entreprise :
- 1/4 de mois de salaire brut par année d’ancienneté pour les 10 premières années.
- 1/3 de mois de salaire brut par année au-delà de 10 ans d’ancienneté.
Le salaire de référence retenu est le plus favorable entre la moyenne des 12 derniers mois et celle des 3 derniers mois.
Les années incomplètes sont proratisées au mois près.
Certaines conventions collectives prévoient des montants plus favorables que le minimum légal. Il est donc recommandé de vérifier les dispositions de votre branche avant toute négociation.
La négociation d’une indemnité supra-légale
Dans de nombreuses situations, notamment pour les cadres et les salariés expérimentés, l’indemnité est négociée à la hausse. Le montant final peut dépasser largement le minimum légal, surtout lorsque l’entreprise souhaite éviter un contentieux, favoriser un départ anticipé ou accompagner une transition vers la retraite.
⚠️ Attention : toute somme versée au-delà de l’indemnité légale génère un différé d’indemnisation qui retarde le premier versement de l’allocation chômage. Une indemnité négociée sans anticiper cet effet peut créer plusieurs mois sans aucun revenu.
Le régime fiscal et social de l’indemnité :
| Prélèvement | Traitement de l’indemnité |
| Impôt sur le revenu | Exonéré dans les limites légales, sauf si le salarié est en droit de liquider sa retraite |
| Cotisations sociales | Exonérées dans la limite de 2 PASS |
| CSG-CRDS | Dues sur la fraction excédant l’indemnité légale |
| Contribution patronale | 30 % à la charge de l’employeur |
⚠️ Point de vigilance majeur. L’exonération d’impôt sur le revenu disparaît totalement dès lors que le salarié est en droit de percevoir une pension de retraite, c’est-à-dire dès l’âge légal de départ. L’intégralité de l’indemnité devient alors imposable.
Bénéficier de l’allocation chômage jusqu’à la retraite
Contrairement à une démission, la rupture conventionnelle permet de percevoir l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE), sous réserve de remplir les conditions d’affiliation. Cette allocation peut couvrir la période précédant l’ouverture des droits à taux plein, ce qui constitue un levier pour liquider sa retraite sans décote.
Les durées d’indemnisation depuis le 1er septembre 2026
L’avenant du 10 avril 2026 à la convention d’assurance chômage du 15 novembre 2024 crée un régime raccourci propre à la rupture conventionnelle individuelle.
| Âge à la fin du contrat | Jusqu’au 31/08/2026 | Depuis le 01/09/2026 |
| Moins de 55 ans | 18 mois (548 jours) | 15 mois (456 jours) |
| 55 – 56 ans | 22,5 mois (685 jours) | 20,5 mois (624 jours) |
| 57 ans et plus | 27 mois (822 jours) | 20,5 mois (624 jours) |
- La durée est déterminée sur une période de référence d’affiliation de 24 mois avant 55 ans, et de 36 mois à partir de 55 ans.
- Un coefficient de réduction de 0,75 s’applique depuis la réforme de 2023 et reste intégré aux durées ci-dessus.
- La durée minimale d’indemnisation reste fixée à 182 jours.
- La date retenue est celle de la fin effective du contrat, et non celle de la signature ou de l’homologation.
⚠️ La perte atteint 6,5 mois d’indemnisation pour les salariés de 57 ans et plus. Les allocataires de 55 ans et plus peuvent demander à France Travail un allongement jusqu’aux durées de droit commun, sur justification de leurs démarches de recherche d’emploi ou de leur projet professionnel. Un refus se conteste sous 30 jours devant l’instance paritaire régionale.
Le point de départ réel de l’indemnisation
Le premier versement n’intervient pas à la fin du contrat. Trois délais se cumulent :
- Le différé congés payés, correspondant à l’indemnité compensatrice de congés payés, plafonné à 30 jours.
- Le différé spécifique, appliqué aux indemnités supra-légales, calculé en 2026 selon la formule : montant supra-légal ÷ 111,8. Il est plafonné à 150 jours (75 jours en cas de licenciement économique).
- Le délai d’attente de 7 jours, systématique.
Le total peut donc atteindre 187 jours, soit plus de six mois sans allocation. Ce délai doit impérativement être intégré au plan de trésorerie de la transition.
Les droits retraite acquis pendant le chômage indemnisé
La période de chômage indemnisé n’est pas une période blanche pour la retraite :
- Régime général : 1 trimestre validé par tranche de 50 jours indemnisés, dans la limite de 4 trimestres par an.
- AGIRC-ARRCO : des points sont attribués gratuitement, calculés sur le salaire journalier de référence.
- Ces périodes sont assimilées et ne génèrent pas de décote spécifique.
Le maintien des droits jusqu’à la retraite
Si l’allocataire atteint l’âge légal sans disposer du taux plein, l’indemnisation peut être prolongée jusqu’à l’obtention de celui-ci, sous conditions.
En savoir plus : L’indemnisation chômage à l’approche de la retraite
Quels sont les inconvénients de la rupture conventionnelle ?
Bien que la rupture conventionnelle présente des avantages, elle comporte également certains risques qu’il est important d’anticiper, en particulier à l’approche de la retraite.
Impact fiscal d’une rupture conventionnelle après l’âge légal
Dès lors que le salarié a atteint l’âge légal de départ à la retraite – fixé entre 62 et 64 ans selon l’année de naissance, même s’il ne remplit pas encore les conditions du taux plein, l’indemnité de rupture conventionnelle devient intégralement imposable. Il n’est pas nécessaire d’avoir liquidé sa retraite ni atteint le taux plein : le seul fait d’avoir atteint l’âge légal suffit à exclure toute exonération fiscale.
Conséquences : l’indemnité est soumise à l’impôt sur le revenu dès le premier euro comme une prime de salaire.
Régimes social et fiscal des indemnités de rupture conventionnelle depuis le 1er septembre 2023
Salarié ayant droit à une pension de retraite de base
| Impôt sur le revenu (IR) | Indemnité soumise à l’IR dès le premier euro |
| Cotisations sociales | Indemnité exonérée dans la limite de 2 Pass (96 120 € en 2026), à hauteur de la limite la plus élevée entre : – 2 fois le montant de la rémunération annuelle brute perçue par le salarié au cours de l’année civile précédant la rupture de son contrat de travail ou 50 % du montant de l’indemnité si cette valeur est supérieure (dans la limite de 6 Pass) – ou le montant de l’indemnité de licenciement conventionnelle ou légale |
Salarié n’ayant pas droit à une pension de retraite de base
| Impôt sur le revenu (IR) | Indemnité non soumise à l’IR dans la limite la plus élevée entre : – 2 fois le montant de la rémunération annuelle brute perçue par le salarié au cours de l’année civile précédant la rupture de son contrat de travail ou 50 % du montant de l’indemnité si cette valeur est supérieure (dans la limite de 6 Pass) – ou le montant de l’indemnité de licenciement conventionnelle ou légale |
| Cotisations sociales | Indemnité exonérée pour sa fraction imposable dans la limite de 2 Pass |
Retraite à taux plein : plus droit à l’indemnisation chômage
Lorsque vous remplissez les conditions pour bénéficier d’une retraite à taux plein – que ce soit en ayant atteint le nombre de trimestres requis après l’âge légal , en cas de départ anticipé ou encore à partir de 67 ans, âge du taux plein automatique, vous ne pouvez plus percevoir l’allocation chômage.
Dans ce cas, il est nécessaire de demander la liquidation de votre retraite dès la fin de votre contrat de travail, en anticipant cette démarche afin d’éviter toute interruption de revenus.
En résumé : la rupture conventionnelle peut représenter une solution adaptée pour quitter son emploi à l’approche de la retraite, à condition d’en maîtriser les règles et les implications. Elle offre une certaine souplesse, permet dans certains cas de bénéficier de l’allocation chômage, et ouvre droit à une indemnité spécifique. Mais elle nécessite aussi une vigilance particulière : fiscalité après l’âge légal, perte de droits au chômage en cas de retraite à taux plein, délais à anticiper pour la liquidation des pensions… Avant d’engager une telle démarche, il est donc essentiel de faire le point sur votre situation personnelle, vos droits à la retraite et vos objectifs de départ.
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