Le départ anticipé pour carrière longue permet aux personnes ayant commencé à travailler très jeunes…

Peut-on s’arrêter de travailler avant l’âge légal de la retraite ? dispositifs et conditions en 2025
De nombreux actifs aspirent à lever le pied ou quitter la vie professionnelle avant l’âge légal de départ à la retraite (entre 62 et 64 ans depuis la réforme de 2023). Entre départs anticipés et arrêt sans pension immédiate, les possibilités varient selon votre parcours. Cet article vous guide dans les différentes options existantes, leurs conditions, leurs conséquences, et les solutions pour sécuriser votre transition.
Peut-on vraiment cesser son activité avant l’âge légal ?
Depuis la réforme des retraites de 2023, l’âge légal de départ est progressivement relevé à 64 ans pour les générations nées à partir de 1968. Mais cela ne signifie pas qu’il est interdit d’arrêter de travailler plus tôt. Bien au contraire : de nombreuses personnes aspirent à quitter leur emploi avant cet âge, pour des raisons personnelles, de santé ou de qualité de vie. Le tout est de bien comprendre les conséquences d’un tel choix, car cesser son activité ne signifie pas toujours liquider sa retraite.
Selon votre situation, il est possible de préparer un arrêt anticipé dans de bonnes conditions : en utilisant les dispositifs légaux (carrière longue, retraite progressive, etc.) ou en organisant vous-même une transition maîtrisée. Mais attention : un arrêt prématuré peut entraîner une baisse durable de vos revenus si vous ne touchez pas encore vos pensions.
Âge légal vs âge de départ effectif : bien comprendre la différence
Il est essentiel de distinguer plusieurs notions souvent confondues :
- L’âge légal de départ est l’âge minimal à partir duquel vous êtes autorisé à demander votre retraite. En 2025, il s’étale entre 62 et 64 ans, selon votre année de naissance.
- L’âge du taux plein est l’âge auquel vous avez validé le nombre de trimestres requis pour bénéficier du taux plein, soit 172 trimestres pour les générations nées à partir de 1965, permettant une liquidation de la retraite sans décote.
- L’âge du taux plein automatique est fixé à 67 ans, quel que soit votre nombre de trimestres validés. C’est à cet âge que vous pouvez partir sans décote, même si votre carrière a été incomplète.
- L’âge de départ effectif, lui, dépend de vos choix personnels : certains continuent à travailler après l’âge légal (pour bénéficier d’une surcote), d’autres s’arrêtent avant sans demander leur retraite.
Voir tableau âge légal de départ à la retraite et nombre de trimestres pour le taux plein
Ainsi, un arrêt d’activité avant l’âge légal ne signifie pas que vous percevrez immédiatement votre retraite. Sauf si vous remplissez des conditions spécifiques (carrière longue, incapacité, etc.), il s’agira d’une période sans revenu professionnel ni pension.
Comprendre cette distinction vous permettra :
- D’anticiper la durée durant laquelle vous devrez vivre sans pension si vous arrêtez avant l’âge légal.
- D’évaluer le nombre de trimestres manquants et l’impact d’une éventuelle décote.
- De préparer des alternatives : retraite progressive, constitution d’un capital d’appoint.
Un départ anticipé doit donc être réfléchi et budgété.
Que signifie « partir sans liquider sa retraite » ?
Partir sans liquider sa retraite signifie cesser toute activité professionnelle sans déclencher le versement de vos pensions. Autrement dit, vous arrêtez de travailler, mais vous ne demandez pas l’ouverture de vos droits à la retraite. Ce choix peut être volontaire — pour profiter d’un temps de repos, voyager ou se reconvertir — ou subi (fatigue, burn-out, difficultés à retrouver un emploi).
Durant cette période dite de « latence », vous :
- Ne percevez aucune pension de retraite (de base ou complémentaire),
- Ne validez plus de trimestre au titre d’une activité professionnelle car vous ne cotisez plus à un régime obligatoire,
- Devez subvenir à vos besoins par d’autres moyens : épargne, patrimoine, indemnités chômage éventuelles, soutien familial…
Ce type de situation peut notamment concerner :
- Des salariés fatigués ou usés par leur activité avant 62 ou 64 ans,
- Des cadres ou indépendants disposant d’un capital suffisant pour faire le pont jusqu’à la liquidation,
- Des personnes non éligibles à un dispositif de départ anticipé (carrière longue, invalidité etc.).
Vous pouvez, le cas échéant, bénéficier d’un revenu de remplacement si vous êtes éligible à l’allocation chômage (par exemple à la suite d’une rupture conventionnelle), à des indemnités journalières en cas de maladie, ou à une rente en cas d’accident ou de maladie professionnelle. Les périodes pendant lesquelles vous percevez ces indemnités peuvent vous permettre de valider des trimestres dits « assimilés » pour votre retraite.
Ce choix nécessite donc une préparation financière rigoureuse, car vous devrez assumer vos charges pendant parfois plusieurs années :
- Jusqu’à l’âge légal de la retraite (62 à 64 ans),
- Ou jusqu’à l’âge du taux plein si vous manquez de trimestres et refusez une décote
- ou à l’âge du taux plein automatique (67 ans)
Quelles sont les conséquences financières d’un arrêt anticipé ?
Décider d’arrêter de travailler avant l’âge légal, sans liquider sa retraite, a des conséquences financières qu’il est important d’anticiper. Cette période « sans revenu » peut durer plusieurs années et impacter durablement vos droits à la retraite.
Lorsque vous cessez de travailler sans ouvrir vos droits à pension :
- Vous n’acquérez plus de droits : aucun trimestre n’est validé pour la retraite de base au titre d ‘une activité professionnelle, aucun point supplémentaire n’est attribué aux régimes complémentaires (Agirc-Arrco, etc.).
- Vous prenez le risque d’une décote : en atteignant l’âge légal (64 ans pour les générations nées à partir de 1968) sans réunir les 172 trimestres requis, votre pension sera réduite.
- Chaque trimestre manquant entraîne une baisse définitive de votre pension. Dans le régime général, cette décote est de 1,25 % par trimestre, dans la limite de 20 trimestres maximum, soit jusqu’à 25 % de réduction.
En parallèle, vous devrez faire face à plusieurs défis financiers :
- Assumer vos dépenses courantes (logement, alimentation, charges…),
- Payer vos cotisations santé, notamment si vous n’êtes plus rattaché à une mutuelle d’entreprise,
- Gérer l’imposition sur votre patrimoine si vous disposez de placements ou revenus fonciers.
En revanche, si vous êtes éligible à un dispositif de départ anticipé (carrière longue, handicap, incapacité, pénibilité), vous pouvez bénéficier d’un départ à taux plein avant 64 ans, sans subir de décote.
Quelles sont les options légales de départ anticipé ?
Si vous souhaitez quitter la vie professionnelle avant l’âge légal de départ à la retraite, il existe plusieurs dispositifs prévus par la loi. Ces options, soumises à des conditions strictes, permettent de partir de 60 ou 62 ans, voire plus tôt dans certains cas. Ces dispositifs ont été adaptés avec la réforme des retraites de 2023, notamment pour tenir compte des carrières longues ou du handicap.
Carrière longue : qui peut partir avant 64 ans ?
Le dispositif de départ anticipé pour carrière longue est l’un des plus utilisés. Il s’adresse aux personnes ayant commencé à travailler jeunes et ayant accompli une carrière complète. Pour en bénéficier, vous devez :
- Avoir débuté votre carrière avant un certain âge (entre 16 et 21 ans selon le cas) ;
- Avoir cotisé un nombre minimum de trimestres, sans trop de trimestres « assimilés » (maladie, chômage) ;
- Avoir atteint un âge minimum pour un départ anticipé carrière longue.
Depuis la réforme, les bornes d’âge sont les suivantes :
- 58 ans : si vous avez commencé à travailler avant 16 ans ;
- 60 ans : si vous avez commencé avant 18 ans ;
- 60 ans à 62 ans : si vous avez commencé avant 20 ans ;
- 63 ans : si vous avez commencé avant 21 ans.
Ce dispositif nécessite une analyse détaillée de votre relevé de carrière. Il est recommandé de vérifier :
- Le nombre de trimestres cotisés ;
- Le nombre de trimestres assimilés (chômage, maladie, service militaire) et leur éventuel plafonnement;
- Les éventuelles périodes manquantes à régulariser (ex. service militaire, chômage indemnisé…).
Un dossier de demande de départ anticipé pour carrière longue se prépare à l’avance.
A lire : Comment partir plus tôt à la retraite grâce au dispositif carrière longue ?
Départ anticipé pour handicap, incapacité ou inaptitude
Outre les carrières longues, d’autres situations particulières permettent un départ à la retraite avant l’âge légal, notamment en cas de handicap, d’incapacité permanente ou d’inaptitude.
1. Retraite anticipée pour handicap
Vous pouvez partir entre 55 ans et 59 ans si vous remplissez simultanément plusieurs conditions :
- Avoir un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 % ;
- Justifier d’un nombre minimal de trimestres cotisés (de 68 à 112 selon l’année de naissance) ;
- Avoir été atteint du handicap pendant une durée couvrant la majorité de votre carrière.
À noter : il faut fournir des justificatifs par exemple attestation de perception de l’allocation aux adultes handicapés, d’une pension d’invalidité…
2. Départ anticipé pour incapacité permanente
La retraite pour incapacité permanente permet, sous certaines conditions, de partir à la retraite dès 60 ans ou deux ans avant l’âge légal. Ce dispositif concerne les personnes ayant subi un accident du travail ou une maladie professionnelle. Pour en bénéficier, vous devez :
- être âgé d’au moins 60 ans ;
- justifier d’une incapacité permanente liée à une maladie professionnelle ou à un accident du travail, avec un taux minimum ;
- avoir cotisé au régime général des salariés
Si toutes ces conditions sont remplies, votre retraite est attribuée au taux plein, quel que soit votre nombre de trimestres validés.
3. Départ anticipé pour inaptitude au travail
La retraite au titre de l’inaptitude au travail vous permet d’obtenir une retraite au taux maximum de 50 % dès 62 ans, quel que soit votre nombre de trimestres. L’inaptitude au travail concerne les assurés :
- reconnus inaptes au travail ;
- justifiant d’un taux d’incapacité permanente d’au moins 50 % ;
- bénéficiaire d’une pension d’invalidité
- titulaires de l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) ;
L’inaptitude au travail doit être reconnue par le médecin-conseil de la caisse qui attribue la retraite, ou, dans certains cas, par présomption sans contrôle médical, sur présentation d’un justificatif.
Quelles alternatives pour arrêter de travailler sans liquider sa retraite ?
Certaines personnes souhaitent cesser leur activité professionnelle avant l’âge légal, sans pour autant demander leur retraite immédiatement. Cette décision peut être motivée par un besoin de repos, un changement de vie, ou une envie de profiter plus tôt de son temps libre. Mais cela implique de financer soi-même la période de transition, souvent de plusieurs années, sans revenus professionnels ni pension.
Utiliser son épargne personnelle
La première option consiste à s’appuyer sur ses propres ressources :
- Épargne de précaution constituée en amont,
- Revenus locatifs issus de biens immobiliers,
- Rachat partiel programmé sur une assurance vie, avec fiscalité optimisée.
Cela permet de vivre sans activité ni retraite, tout en préservant ses droits à une retraite une fois l’âge légal atteint.
S’appuyer sur une indemnité de départ ou droits au chômage
Selon votre situation professionnelle, vous pouvez disposer de revenus de remplacement temporaires, notamment :
- Des droits au chômage si vous avez quitté votre emploi dans des conditions ouvrant droit à l’ARE.
- Une rupture conventionnelle qui permet de percevoir une indemnité spécifique et une indemnisation chômage sous conditions.
A noter : si vous ne demandez pas votre retraite à l’âge légal alors que vous y avez droit à taux plein, France Travail cessera l’indemnisation chômage.
Adapter son mode de vie à une période sans revenus professionnels
Arrêter de travailler avant l’âge de la retraite nécessite aussi une réduction volontaire de ses charges, comme :
- Réduire ou supprimer les crédits à rembourser.
- Déménager dans une zone moins coûteuse.
- Adopter son mode de vie au moins temporairement.
Cette transition nécessite d’avoir bien préparé son plan de financement.
Quelles sont les conséquences sur le montant de la retraite ?
Décider d’arrêter de travailler avant l’âge légal ou avant d’avoir validé tous ses trimestres peut avoir un impact significatif sur le montant de votre future pension. Il est donc important d’anticiper ces conséquences avant de faire un choix définitif. Trois éléments principaux sont à prendre en compte : le salaire moyen, la décote et l’effet sur les retraites complémentaires comme l’Agirc-Arrco.
Le revenu moyen des 25 meilleurs années
La retraite de base du régime général est calculée sur la moyenne des 25 meilleures années de salaire. Si vous ne cotisez plus, la composition de cette moyenne est figée : elle n’augmentera plus avec de nouveaux revenus perçus avant le départ à la retraite. Les salaires retenus sont cependant revalorisés chaque année par les coefficients légaux.
La décote : combien perdez-vous par trimestre manquant ?
Lorsque vous partez à la retraite sans avoir atteint la durée d’assurance requise (nombre de trimestres) ou sans avoir atteint l’âge du taux plein automatique (67 ans), une décote est appliquée sur votre retraite de base.
Par exemple pour une retraite au régime général des salariés, la décote est de 1,25 % par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. Cela représente jusqu’à 25 % de pension en moins si vous partez avec 5 années d’avance sur la durée d’assurance requise.
Impact sur les retraites complémentaires (Agirc-Arrco, etc.)
Le montant de la pension des régimes complémentaires, comme l’Agirc-Arrco, dépend du nombre de points acquis tout au long de la carrière et, le cas échéant, d’une minoration liée aux trimestres manquants.
En cas d’arrêt anticipé sans liquidation de votre retraite, vous ne cotisez plus et n’acquérez donc plus de nouveaux points, sauf dans certains cas particuliers (chômage indemnisé, versement indemnités journalières, etc.).
Une minoration s’applique si vous ne liquidez pas votre retraite à taux plein. Cette décote définitive dépend soit du nombre de trimestres vous séparant du taux plein, soit de votre âge au moment du départ en retraite, selon ce qui est le plus avantageux
Comment bien préparer un arrêt anticipé de son activité ?
Arrêter de travailler avant l’âge légal de la retraite ne s’improvise pas. Cela implique une analyse approfondie de votre situation personnelle et de vos droits acquis. Une bonne préparation peut limiter les conséquences financières, voire permettre d’optimiser votre retraite. Voici les trois leviers à envisager : le bilan retraite personnalisé, le rachat de trimestres et la simulation de différents scénarios.
Faire un bilan retraite personnalisé avant de décider
La première étape consiste à réaliser un bilan retraite complet, idéalement accompagné par un professionnel. Cela permet d’obtenir une vision claire de vos droits acquis, de vos trimestres validés et de votre âge potentiel de départ.
Ce bilan inclut généralement :
- La reconstitution de votre carrière tous régimes confondus.
- La vérification des anomalies ou des périodes manquantes (stages, chômage, service militaire, etc.).
- L’estimation du montant de vos pensions selon différents âges de départ.
- L’identification de dispositifs auxquels vous pouvez prétendre : carrière longue, retraite anticipée, etc.
Un bilan précis est essentiel pour savoir si un départ anticipé est possible, souhaitable et à quelles conditions.
Racheter des trimestres : est-ce intéressant ?
Si vous avez des périodes d’études supérieures ou d’années incomplètes (moins de 4 trimestres validés), vous pouvez envisager un rachat de trimestres pour éviter une décote et avancer votre date de départ à taux plein.
Il existe plusieurs types de rachats :
- Rachat pour années d’études supérieures,
- Rachat pour années incomplètes (moins de 4 trimestres validés),
- Rachat pour les périodes à l’étranger
Le coût dépend :
- Du revenu professionnel,
- De l’âge au moment du rachat,
- Du nombre de trimestres souhaités,
- De l’option choisie : rachat au titre du taux seul ou du taux + durée d’assurance.
Le rachat peut être fiscalement avantageux (déductible de vos revenus imposables), mais il doit être bien évalué dans une logique de retour sur investissement. (en savoir plus)
Simuler différents scénarios pour optimiser votre stratégie
Une fois votre situation analysée et vos options connues, il est indispensable de simuler plusieurs stratégies de départ :
- Liquider votre retraite à l’âge légal, avec ou sans décote.
- Attendre 67 ans pour éviter toute pénalité.
- Racheter des trimestres : impact sur le montant net / coût / fiscalité.
- Activer une retraite progressive (plus d’informations)
Comparer plusieurs projections, en tenant compte des droits acquis, de votre fiscalité et de vos besoins permet de prendre une décision sereine et éclairée.
En résumé : Arrêter de travailler avant l’âge légal est possible, mais nécessite une vraie anticipation. Selon votre parcours, vous pouvez prétendre à un départ anticipé ou organiser un arrêt temporaire sans liquider vos droits. Un accompagnement personnalisé est essentiel pour éviter une perte financière durable et faire les bons choix en fonction de votre projet de vie.
Vous souhaitez faire le point sur votre retraite ?
Découvrez nos services de bilan et stratégie retraite et bénéficiez d’un accompagnement personnalisé :