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Congé de reclassement et retraite 2026 : trimestres et points
Quand un plan de sauvegarde de l’emploi touche des salariés proches de la retraite, la question n’est pas seulement celle de l’indemnité : c’est celle du bon enchaînement entre la fin du contrat, l’indemnisation chômage et la date de liquidation. Un départ mal calé peut coûter plusieurs mois de revenus ou faire perdre le bénéfice d’une mesure du plan. Cet article fait le point en trois temps : le calendrier de la retraite à l’issue du congé de reclassement, l’articulation entre l’allocation chômage et la retraite, y compris en cas de carrière longue, puis les mesures d’accompagnement que le PSE peut prévoir pour les fins de carrière, comme l’aide au rachat de trimestres.
Qu’est-ce que le congé de reclassement change pour votre retraite ?
Le congé de reclassement accompagne le salarié licencié pour motif économique vers un nouvel emploi. Pour la retraite, son effet dépend d’un point clé : le contrat de travail n’est pas rompu tout de suite.
Le congé de reclassement s’impose aux entreprises d’au moins 1 000 salariés
L’employeur doit le proposer dans des conditions précises :
- Il concerne les entreprises ou établissements d’au moins 1 000 salariés, ainsi que les groupes de même taille.
- Il est proposé à chaque salarié dont le licenciement économique est envisagé.
- Il n’est pas dû en redressement ou en liquidation judiciaire. Sous le seuil de 1 000 salariés, l’employeur propose un contrat de sécurisation professionnelle.
- Le salarié dispose de 8 jours pour accepter. Son silence vaut refus.
Le salarié reste lié à son employeur jusqu’au terme du congé
Le congé se déroule pendant le préavis, que le salarié est dispensé d’exécuter. S’il dure plus longtemps, la fin du préavis est reportée à la fin du congé. Le contrat n’est donc rompu qu’au dernier jour du congé. L’indemnité de licenciement, l’ouverture des droits au chômage et la retraite ne peuvent intervenir qu’ensuite.
| Paramètre | Règle 2026 |
| Durée | 4 à 12 mois, jusqu’à 24 mois en cas de reconversion |
| Rémunération pendant le préavis | Salaire habituel |
| Allocation au-delà du préavis | Au moins 65 % du brut moyen des 12 derniers mois |
| Plancher de l’allocation | 1 549,58 € bruts par mois (85 % du Smic) |
| Régime social de l’allocation | Exonérée de cotisations, soumise à la CSG et à la CRDS |
| Délai de réponse | 8 jours après la notification |
Les trois phases du congé de reclassement vues depuis le relevé de carrière
Un congé de reclassement suivi d’une période de chômage traverse trois régimes successifs. Chacun produit des droits différents.
| Phase | Trimestres de base | Salaire retenu pour le SAM | Points Agirc-Arrco | Carrière longue |
| Préavis | Cotisés | Oui | Oui | Oui |
| Allocation de reclassement | Assimilés (1 par 50 jours) | Non | Non, sauf accord | Non |
| Chômage indemnisé (ARE) | Assimilés (1 par 50 jours) | Non | Oui, gratuits | 4 trimestres maximum |
1. La phase de préavis produit des trimestres cotisés et des points
Pendant la durée du préavis, le salarié perçoit son salaire habituel, soumis à cotisations. La Cnav valide cette période selon les règles de droit commun. Le salaire est retenu pour le calcul du salaire annuel moyen, génère des points Agirc-Arrco et compte comme durée cotisée pour la carrière longue et la surcote.
2. La phase d’allocation produit des trimestres assimilés, sans salaire au compteur
Au-delà du préavis, l’allocation est un revenu de remplacement, et non un salaire. Ses effets sur la retraite sont les suivants :
- La durée d’assurance progresse d’un trimestre par tranche de 50 jours sur l’année civile.
- Aucun montant n’entre dans le calcul du salaire annuel moyen.
- Aucun point Agirc-Arrco n’est acquis, sauf accord d’entreprise prévoyant des cotisations.
- Ces trimestres ne sont ni cotisés ni réputés cotisés pour la carrière longue.
3. La phase de chômage indemnisé redonne des points gratuits
À la fin du congé, l’indemnisation par France Travail prend le relais si le salarié n’a pas retrouvé d’emploi. Chaque tranche de 50 jours indemnisés valide un trimestre. L’Agirc-Arrco attribue des points gratuits calculés sur le salaire journalier de référence. Pour la carrière longue, 4 trimestres de chômage sont réputés cotisés, différés d’indemnisation compris
En savoir plus : L’indemnisation chômage à l’approche de la retraite
Combien de trimestres validez-vous pendant l’allocation de reclassement ?
La Cnav valide la période d’allocation comme une période assimilée. La règle de décompte est simple. Son effet réel dépend de ce que vous avez déjà validé dans l’année.
Un trimestre est validé par tranche de 50 jours, dans la limite de 4 par année civile
La Cnav compte autant de trimestres que l’année civile contient de fois 50 jours d’allocation. Trois conséquences pratiques en découlent :
- Le décompte se fait de date à date, année civile par année civile.
- 200 jours d’allocation dans une même année suffisent pour valider quatre trimestres.
- Les trimestres assimilés s’ajoutent aux trimestres cotisés, sans jamais dépasser quatre par an.
Pour un cadre, l’année du licenciement est en général déjà complète grâce aux salaires. En 2026, un revenu de 7 212 € bruts suffisent à valider quatre trimestres. L’allocation perçue la même année n’apporte alors aucun trimestre de plus. Le gain réel porte sur l’année suivante.
Exemple : congé de 12 mois débutant le 1er juin 2026, dont 3 mois de préavis, pour un cadre à 60 000 € bruts annuels.
| Année | Période | Nature | Trimestres retenus |
|---|---|---|---|
| 2026 | Janvier à août (salaire, dont préavis) | Cotisés | 4 |
| 2026 | Septembre à décembre (122 jours d’allocation) | Assimilés | 0, plafond déjà atteint |
| 2027 | Janvier à mai (151 jours d’allocation) | Assimilés | 3 |
| 2027 | À partir de l’été (chômage indemnisé) | Assimilés | 1, plafond de 4 |
La validation repose sur l’attestation de l’employeur
L’employeur établit une attestation qui indique les dates de début et de fin de perception de l’allocation. Il remet aussi chaque mois un bulletin détaillant le montant et le calcul de l’allocation. Deux précautions s’imposent :
- Conservez l’attestation et tous les bulletins mensuels. À défaut d’attestation, tout document portant les dates permet d’obtenir la validation.
- La validation suppose d’avoir la qualité d’assuré au régime général avant le congé.
Au-delà de la durée maximale, les sommes versées sortent du congé de reclassement
La durée légale du congé est plafonnée à 12 mois, ou 24 mois en cas de reconversion professionnelle. Certains PSE prévoient pourtant des congés plus longs pour les seniors. Au-delà du plafond, l’employeur sort du dispositif. Les sommes versées sont traitées comme des indemnités de rupture, exonérées dans la limite de 2 PASS. Elles ne devraient donc plus ouvrir de trimestres assimilés.
Pourquoi le congé de reclassement pèse-t-il sur votre retraite complémentaire ?
C’est la perte la moins visible du congé. Elle n’apparaît ni sur le relevé de carrière de la Cnav, ni dans les simulations de la cellule de reclassement.
L’allocation n’ouvre aucun point Agirc-Arrco sans accord d’entreprise
L’allocation est exonérée de cotisations : aucun point n’est donc inscrit au-delà du préavis. L’Accord national interprofessionnel du 17 novembre 2017 ouvre une seule issue :
- Des points peuvent être acquis contre le versement de cotisations, pour la durée du congé qui excède le préavis.
- Ces cotisations sont calculées comme si le salarié avait poursuivi son activité normalement.
- Le mécanisme suppose un accord d’entreprise, accepté par l’Agirc-Arrco.
Sans accord, la période d’allocation laisse un trou dans votre compte de points. Le chômage qui suit, lui, redonne des points gratuits.
La perte se mesure en euros de pension à vie
Les points perdus se calculent sur le salaire que vous auriez perçu, au taux contractuel : 6,20 % jusqu’au PASS et 17 % au-delà. Les valeurs retenues sont celles de 2026 : prix d’achat du point à 20,1877 € et valeur de service à 1,4386 €.
| Salaire annuel brut | Points perdus par année d’allocation | Pension brute perdue chaque année |
|---|---|---|
| 45 000 € | 138 | Environ 199 € |
| 60 000 € | 248 | Environ 357 € |
| 90 000 € | 501 | Environ 720 € |
Sur 20 ans de retraite, un cadre à 60 000 € perd ainsi plus de 7 000 € bruts pour une seule année d’allocation non couverte.
L’accord de cotisation se négocie pendant la procédure de PSE
L’accord se prépare avec les représentants du personnel, pendant la discussion du PSE. Il a un coût, mais il s’amortit vite :
- Pour 60 000 € de salaire, une année de cotisations au taux appelé coûte environ 6 360 €, hors CEG et CET.
- Avec la répartition habituelle de 60 % employeur et 40 % salarié, la part salariale est d’environ 2 544 €.
- Cette part est récupérée en un peu plus de sept ans de retraite, quel que soit le niveau de salaire.
- La prise en charge de la part salariale par l’employeur peut être demandée comme mesure du PSE.
En savoir plus : Calcul des cotisations Agirc-Arrco en 2026
Le congé de reclassement compte-t-il pour la carrière longue et la surcote ?
Oui pour la durée d’assurance. Non pour tous les dispositifs qui exigent des trimestres cotisés. C’est le principal risque du congé pour les salariés entrés tôt dans la vie active.
Les trimestres de congé ne sont ni cotisés ni réputés cotisés
La liste des périodes assimilées réputées cotisées ne mentionne pas le congé de reclassement.
| Dispositif | Trimestres d’allocation pris en compte ? |
|---|---|
| Durée d’assurance pour le taux plein | Oui |
| Durée d’assurance pour le calcul de la pension | Oui |
| Carrière longue : durée cotisée | Non |
| Carrière longue : durée réputée cotisée | Non |
| Surcote : durée cotisée | Non |
Le contraste avec le chômage est net. Quatre trimestres de chômage indemnisé sont réputés cotisés, différés d’indemnisation compris. Aucun trimestre de congé ne l’est. Le préavis, lui, reste cotisé. Pour un candidat à la carrière longue, un préavis rémunéré plus long vaut donc mieux qu’un congé plus long.
Deux trimestres pour enfant peuvent compenser depuis le 1er septembre 2026
Le décret du 29 juillet 2026 ajoute une catégorie de trimestres réputés cotisés, pour les retraites prenant effet depuis le 1er septembre 2026 :
- Les majorations de durée d’assurance pour maternité, adoption, éducation et congé parental sont concernées.
- Leur prise en compte est limitée à 2 trimestres sur l’ensemble de la carrière.
- La majoration pour enfant handicapé reste exclue.
Pour un parent qui en bénéficie, ces 2 trimestres peuvent combler une partie du déficit créé par le congé.
En savoir plus : Départ anticipé pour carrière longue
Comment enchaîner congé, chômage et retraite sans rupture de revenus ?
Le congé de reclassement ne consomme pas vos droits au chômage : il les décale dans le temps. Toute la stratégie consiste à faire coïncider la fin de l’indemnisation avec l’âge légal.
La fin du congé fixe l’âge retenu pour vos droits au chômage
La durée d’indemnisation dépend de votre âge à la fin du contrat, c’est-à-dire au terme du congé. En licenciement économique, les durées de droit commun s’appliquent :
- 18 mois avant 55 ans
- 22,5 mois entre 55 et 56 ans
- 27 mois à partir de 57 ans
La réduction à 20,5 mois appliquée depuis le 1er septembre 2026 aux ruptures conventionnelles individuelles ne vous concerne pas. Un congé de 12 mois peut même vous faire franchir le cap des 57 ans, et donc gagner 4,5 mois d’indemnisation.
Les différés repoussent la fin de vos droits
Trois délais s’intercalent entre la fin du congé et le premier versement de l’ARE :
- Le différé spécifique : indemnités supra-légales divisées par 111,8, dans la limite de 75 jours en licenciement économique.
- Le différé congés payés : 30 jours au maximum.
- Le délai d’attente : 7 jours.
Ces jours ne réduisent pas la durée de vos droits. Ils en repoussent seulement la fin.
Le maintien des droits suppose d’être encore indemnisé à l’âge légal
Le maintien de l’ARE jusqu’au taux plein repose sur six conditions cumulatives, dont celle d’être indemnisé à l’âge légal. Il prend fin au plus tard à 67 ans. Depuis la suspension de la réforme par la LFSS 2026, l’âge légal dépend de votre génération :
| Génération | Âge légal | Trimestres pour le taux plein |
|---|---|---|
| 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| 1965 (janvier à mars) | 62 ans et 9 mois | 170 |
| 1965 (avril à décembre) | 63 ans | 171 |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 |
La retraite ne peut pas prendre effet avant la fin du congé
Le versement de la pension suppose la cessation de toute activité salariée. Or le contrat court jusqu’au dernier jour du congé. Si les conditions d’âge sont remplies, la retraite prend effet au plus tôt le premier jour du mois suivant. Deux règles complètent ce calendrier :
- L’ARE cesse dès qu’une retraite anticipée pour carrière longue est attribuée. France Travail ne peut pas vous imposer ce départ.
- Rien ne vous oblige à liquider une carrière longue dès l’ouverture du droit : vous pouvez rester indemnisé jusqu’à l’âge légal.
En savoir plus : L’indemnisation chômage à l’approche de la retraite
Faut-il accepter le congé de reclassement à l’approche de la retraite ?
Pour un salarié de 55 ans et plus, la réponse est souvent oui. Encore faut-il que le PSE en règle les paramètres dans le bon sens.
Le congé allonge la période couverte avant l’âge légal
En cas de refus, le salarié exécute ou perçoit son préavis, puis passe directement au chômage. En cas d’acceptation, l’ARE ne démarre qu’après le congé. La différence tient en trois points :
- Chaque mois d’allocation au-delà du préavis s’ajoute à la période couverte.
- La fin de l’indemnisation se rapproche de l’âge légal, ou le dépasse.
- En contrepartie, la période d’allocation ne produit ni points Agirc-Arrco, ni trimestres cotisés.
Cinq leviers retraite se négocient dans le PSE
Les paramètres du congé ne sont pas figés. Ils se discutent avec les représentants du personnel :
- La durée du congé, jusqu’à 24 mois en cas de reconversion.
- Le taux de l’allocation, au-delà du minimum de 65 %.
- Un accord de cotisations Agirc-Arrco pour la période qui excède le préavis.
- Une aide au rachat de trimestres, exonérée de cotisations dans la limite de 2 PASS, soit 96 120 € en 2026.
- Un préavis rémunéré plus long, décisif pour un départ en carrière longue.
Le départ volontaire à la retraite reste l’option à comparer
Si vous avez déjà l’âge légal et vos trimestres, le congé de reclassement perd l’essentiel de son intérêt. Dans un PSE, l’indemnité de départ volontaire à la retraite est exonérée d’impôt sur le revenu. Côté social, elle est exonérée de cotisations dans la limite de 2 PASS. La préretraite d’entreprise est plus rarement proposée : elle n’ouvre aucun point gratuit et coûte à l’employeur une contribution de 50 %.
Vérifiez votre relevé de carrière avant et après le congé
Avant de signer, contrôlez trois éléments : votre nombre de trimestres cotisés, votre âge légal et la date de fin de congé qui en découle. Après le congé, vérifiez que les périodes d’allocation figurent bien en périodes assimilées, sur la base de l’attestation de l’employeur. Si un accord Agirc-Arrco a été signé, vérifiez aussi que les points correspondants apparaissent sur votre relevé.
En résumé : le congé de reclassement protège la durée d’assurance, mais pas les droits les plus précieux en fin de carrière. Le préavis produit des trimestres cotisés et des points, alors que l’allocation ne produit que des trimestres assimilés, à raison d’un par tranche de 50 jours. Sans accord d’entreprise, aucun point Agirc-Arrco n’est acquis pendant cette période. Les trimestres d’allocation ne comptent pas non plus pour un départ anticipé en carrière longue. La date de fin du congé doit donc se calculer à rebours de l’âge légal, différés compris, avant même de signer.
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