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Réforme Des Retraite

La réforme des retraites, victime du coronavirus ?

Non seulement le calendrier de la réforme est chamboulé mais son contenu pourrait être remis en cause.

L’épidémie de coronavirus a donc réussi là où des centaines de milliers de manifestants et les députés d’opposition ont échoué : la réforme des retraites est désormais suspendue. Emmanuel Macron a appuyé sur le bouton « pause », lundi 16 mars, lors de son allocution télévisée : « J’ai décidé que toutes les réformes en cours seraient suspendues, à commencer par la réforme des retraites. »

La « guerre » contre la pandémie de Covid-19 renverse soudainement les priorités de l’exécutif. « Toute l’action du gouvernement et du Parlement doit être désormais tournée vers le combat contre l’épidémie », a justifié Emmanuel Macron. La retraite par points, principale réforme structurelle du quinquennat, se retrouve ainsi au second plan, reportée sine die.

Un report inévitable

L’inverse aurait été incompréhensible. D’abord pour des raisons politiques : impossible de réclamer aux Français et aux partis qui les représentent une « union sacrée » dans la « guerre » contre le coronavirus, tout en poursuivant l’examen d’une réforme ô combien clivante.

Mais aussi pour des raisons pratiques : le Parlement sera mobilisé par les dispositions d’urgences pour faire face au Covid-19, le Sénat ne pourra donc pas reprendre les travaux sur les retraites en commission des Affaires sociales, dès le mardi 24 mars, comme il était initialement prévu.

Du côté des organisations patronales et syndicales aussi, le processus est mis en pause. La conférence de financement, qui devait formuler des propositions sur l’équilibre du système des retraites avant la fin du mois d’avril, a suspendu ses travaux et aucune téléconférence n’est prévue à ce jour.

Et pour la suite ? Que se passera-t-il lorsque la « guerre » contre le coronavirus aura pris fin ? « La réforme des retraites est seulement suspendue, pas retirée », commente Régis Mezzasalma, conseiller confédéral chargé des retraites à la CGT, qui prévient : « Nous restons dans l’optique de reprendre la mobilisation lorsque la réforme reprendra. »

Le risque d’un enlisement

Ce n’est pas la première fois que le calendrier de la réforme des retraites est bouleversé. Après avoir tergiversé durant deux ans, laissant Jean-Paul Delevoye conduire de longues et bien peu concluantes « concertations », le gouvernement avait soudainement accéléré à l’automne dernier. Face à la mobilisation de la rue et au réveil d’un clivage droite-gauche sur ce sujet, il entendait abréger autant que possible les débats parlementaires, dégainant le 49.3 (adoption sans vote) afin de contrer l’obstruction d’une partie des députés.

Vite, vite, le temps était compté, répétait le gouvernement pour justifier l’urgence à clore ainsi les débats : il fallait absolument adopter la réforme avant juillet, date d’importants travaux de rénovation prévus sur la toiture de l’Assemblée nationale, l’automne étant ensuite accaparé par les débats budgétaires. Reporter la réforme à 2021 est inenvisageable, car elle est censée entrer en vigueur dès le 1er janvier 2022 pour la génération de travailleurs nés en 2004, qui auront alors 18 ans. Puis, en mai 2022, viendra l’élection présidentielle…

A ce stade, l’exécutif se veut toutefois confiant. L’adoption de la réforme avant l’été reste possible, nous indique-t-on au gouvernement. Un mois et demi pourrait suffire, « mais tout dépendra bien sûr du délai de la quarantaine ».

Une nouvelle mouture de la réforme ?

N’empêche, la crise du coronavirus change profondément la donne. « On ne sait pas encore quel sera le climat social au sortir de la crise », souligne Frédéric Sève, négociateur de la CFDT : « On vient tout juste de rentrer dans le tunnel, on ne sait pas encore quelle sera la couleur du ciel à l’autre bout… »

Les données financières sont aussi bouleversées avec les dépenses massives – déjà 45 milliards d’euros – engagées contre la pandémie, ainsi que par la perspective d’une récession de -1 % du PIB en 2020. « Nous aurons sans doute d’autres priorités que les retraites. Il faudra déjà s’occuper du court terme avant de penser aux perspectives d’équilibre du système de retraites en 2027 », reprend Frédéric Sève. « Et si nous devons faire face à un choc économique, ce ne sera peut-être pas le moment de prévoir des mesures d’économies. »

Régis Mezzasalma, de la CGT, souligne pour sa part que beaucoup de salariés relevant de « régimes spéciaux » amenés à disparaître sont sur le pont face au coronavirus. « C’est le cas dans les transports, dans l’énergie ou, l’exemple le plus évident, des infirmières, qui relèvent des catégories actives et peuvent bénéficier d’un départ en retraite anticipé. La réforme va les pénaliser », dénonce-t-il.

Lundi soir, dans son discours, le président de la République a salué le dévouement des personnels soignants, il leur a promis des trajets en taxis et des nuits d’hôtel. Pas sûr qu’il puisse dans quelques semaines les contraindre à travailler quelques années plus longtemps… Décidément, cette réforme des retraites n’a pas fini d’évoluer. Pour l’instant, Emmanuel Macron a choisi le bouton « pause ». Sera-t-il tenté d’appuyer ensuite sur la touche « next » ?

Source : article publié sur Le Nouvel Obs le 18/03/2020, par Baptiste Legrand

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