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Rente Ou Capital

Placements: sachez choisir entre rente et capital

Avec la prochaine création des plans d’épargne retraite, de nombreux épargnants auront à choisir entre rente ou capital pour compléter leur retraite. Un choix sensible, qui ne supporte pas l’improvisation.

Les Français n’aiment pas la rente viagère. L’idée d’échanger un capital librement utilisable contre un revenu versé régulièrement et à vie rebute nombre de nos concitoyens, même s’ils n’ont pas lu le féroce portrait qu’en dresse Balzac dans sa Monographie du rentier. La preuve: dans une très large enquête réalisée l’an dernier par Amundi et Natixis, 77 % des personnes interrogées (plus de 130.000 salariés!) déclaraient désirer un produit de retraite avec sortie en capital, plutôt qu’en rente. Une grande banque de la place confie, elle, que seuls quelques centaines de ses clients ont choisi volontairement de transformer un capital en rente viagère.

Aujourd’hui, rares sont les produits financiers à imposer une sortie en rente viagère. On ne trouve cette obligation que dans le plan d’épargne retraite populaire (Perp), au succès mesuré, et dans les contrats de retraite Madelin (pour les non salariés) ou «article 83» (dans les entreprises). D’autres formules, le Perco (pour l’épargne salariale), l’assurance-vie, mais aussi le PEA et les anciens PEP laissent le choix entre rente ou capital. Tous les autres placements se conjuguent exclusivement avec la sortie en capital.

Avec l’apparition du Plan d’épargne retraite, qui sera instauré dans le cadre de la loi Pacte, la situation pourrait toutefois changer, car ce produit aura vocation à devenir l’instrument privilégié d’un complément de retraite et laissera aux épargnants la possibilité d’opter pour la rente ou le capital sur une partie de leur plan. La question du choix entre ces deux formules se posera donc avec beaucoup plus d’acuité.

Une protection contre la longue vie

Choisir la rente viagère revient donc à abandonner un capital au profit d’un assureur qui, lui, s’engage à vous verser, chaque mois ou chaque trimestre et jusqu’à la fin de vos jours, un revenu régulier. «C’est une réponse à l’augmentation de l’espérance de vie, observe Constance de Poncins, déléguée générale de l’Agipi. Elle permet de reporter sur la mutualité et sur l’assureur le “risque” d’une longévité exceptionnelle.» C’est d’ailleurs sa force principale: même si vous battez des records de longévité, vous pourrez continuer à compter régulièrement sur vos rentrées d’argent.

À l’opposé, l’utilisation libre d’un capital, par des retraits ponctuels ou réguliers, vous laisse une entière liberté d’utiliser votre épargne comme bon vous semble, mais avec le risque d’épuiser la source de vos revenus si vous vivez très longtemps. Et d’en être privé dans le très grand âge, au moment où les besoins financiers sont susceptibles de bondir si vous perdez votre autonomie.

Le choix entre rente et capital dépend donc d’un premier point: si vous pensez être armé pour vivre très longtemps, vous avez intérêt à vous intéresser à la rente. À l’inverse, si vous avez une santé fragile ou des antécédents familiaux qui vous font redouter de ne pas rester très longtemps sur cette terre, mieux vaut opter pour le capital, en sachant que vos héritiers pourront profiter des sommes que vous n’avez pas utilisées de votre vivant.

Des garanties peu onéreuses pour protéger les proches

En optant pour la rente, le danger est de disparaître rapidement, sans avoir pu profiter de l’intégralité des sommes qui avaient été épargnées. Imaginons un capital de 100.000 € dont le détenteur a opté pour une rente de 3500 € par an, soit le taux couramment pratiqué autour de 65 ans. S’il disparaît au bout d’un an, il abandonne à l’assureur (ou plutôt à la mutualité des assurés) 96.500 €! Si le décès intervient au bout de 10 ans, il n’aura reçu que 35.000 € et fera perdre 65.000 € à ses héritiers. Ce n’est qu’après environ 30 ans de vie à la retraite que la rente sera gagnante, soit vers 95 ans…

C’est la raison pour laquelle les professionnels proposent et recommandent souvent de s’entourer de protections qui limitent ce risque. La plus répandue est la réversion, qui permet d’organiser le paiement de la rente au conjoint après le décès du rentier, au prix d’une minoration des sommes versées. Une minoration d’autant plus sensible que le conjoint est jeune. Dans l’exemple précédent, si le conjoint a aussi 65 ans, l’assuré percevra une rente de 3200 € de rente au lieu de 3500 en optant pour la réversion (et, s’il décède, sa veuve touchera 60 % de 3200 €, soit 1920 €).

Autre possibilité, plus rassurante: les annuités garanties. Avec ce mécanisme, l’assureur s’engage à payer la rente pendant une durée minimale, par exemple 20 ans, au rentier s’il est en vie, ou à des bénéficiaires désignés si le rentier disparaît. Une formule qui limite le risque de perte en cas de décès prématuré, sans véritablement réduire le montant de rente auquel vous pouvez prétendre. «Le risque de mourir pendant les premières années de la rente étant statistiquement faible, cette protection est peu onéreuse», explique Gilles Belloir, directeur de Placement Direct. La rente étant viagère, vous en profiterez bien sûr toute votre vie si vous vivez plus longtemps que la période garantie. Si la rente vous tente et que vous avez des proches à préserver, c’est donc une option incontournable.

L’inflation est un risque…

Les rentiers supportent un autre type de risque: le retour de l’inflation. L’envolée des prix est en effet un drame pour les rentiers, car les revalorisations annuelles des arrérages (le montant de la rente versée au rentier) ne permettent pas de suivre le rythme des étiquettes et les pertes de pouvoir d’achat se creusent chaque année. Les rentiers des années 1970-1980 en ont fait l’amère expérience: après quelques années d’hyperinflation, les montants reçus ne permettaient plus de faire face aux besoins. Leur rente était devenue de la monnaie de singe.

«Il existe des solutions pour circonscrire ce risque, au travers de rentes indexées à l’inflation», rappelle cependant Constance de Poncins. De telles rentes, aujourd’hui très rares, profitent de revalorisations proches de l’inflation dès que les prix augmentent. En revanche, elles sont plus risquées car, lorsque l’inflation reste basse, les rentes stagnent ou perdent un peu de leur valeur. Il s’agit donc d’une protection à manier avec précaution.

Ce risque de perte de pouvoir d’achat existe aussi avec un capital investi dans le fonds en euros d’une assurance-vie. Cependant, dans la mesure où le retraité conserve le pouvoir sur son argent, il peut procéder à des arbitrages pour l’investir différemment, sur des supports qui profitent des hausses de prix (actions, immobilier…), et ainsi atténuer les conséquences néfastes de l’inflation. «Utiliser le capital pour recevoir des revenus réguliers suppose d’être bien informé, met en garde Didier Clarebourdt, directeur chez Verspieren. Si on ne l’est pas, la rente apporte plus de garanties, bien que les montants soient relativement faibles en raison de la faiblesse des taux d’intérêt et de la prudence des assureurs concernant l’augmentation de l’espérance de vie.»

70 ans, un âge clé

Devenir rentier a un prix: il faut avoir constitué un capital très important pour espérer recevoir un revenu digne de ce nom. «Avec moins de 100.000 €, l’apport de la rente sera limité», prévient Gilles Belloir. Surtout si le rentier est jeune puisque, statistiquement, un jeune retraité a une espérance de vie plus longue et ne peut donc pas espérer percevoir les mêmes sommes qu’un autre plus âgé. C’est pourquoi de nombreux professionnels recommandent de jouer cette carte à partir de 70 ans: les taux de conversion commencent à rivaliser sérieusement avec le rendement d’un placement traditionnel, vous avez une meilleure connaissance de vos besoins futurs, et vous êtes plus à même de juger de votre état de santé.

Source : Le Figaro, Eric Leroux, le 15 mars 2019

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