Vous aviez racheté des trimestres en vue de partir en retraite à taux plein à…
Réforme des retraites : qui est concerné par le décalage du calendrier prévu par la LFSS 2026 ?
Le Premier ministre a annoncé le 14 octobre 2025 un aménagement du calendrier de la réforme des retraites de 2023, désormais inscrit dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Adoptée définitivement par le Parlement en décembre 2025, puis promulguée fin décembre après validation par le conseil constitutionnel, cette loi prévoit un décalage du relèvement de l’âge légal de départ en retraite et de la durée d’assurance pour certaines générations proches de la retraite. Qui est concrètement concerné par ces ajustements et quelles en sont les conséquences sur les âges de départ et le nombre de trimestres requis pour le taux plein ?
| Cet article a été actualisé en janvier 2026 afin de tenir compte de l’adoption définitive de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, promulguée fin décembre 2025. |
Que signifie concrètement la suspension de la réforme ?
Une pause politique, pas une abrogation
Le dispositif prévu par la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 ne remet pas en cause la réforme dite « borne » adoptée en 2023. Il consiste en un report partiel et temporaire de certaines étapes du calendrier initial, tout en maintenant les principes fondamentaux du relèvement progressif de l’âge légal et de l’allongement de la durée de cotisation. Les mesures déjà entrées en vigueur depuis 2023 ne sont donc ni annulées ni effacées.
Une décision désormais inscrite dans le cadre du PLFSS 2026
Le décalage du calendrier de la réforme des retraites est désormais inscrit dans la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026, adoptée définitivement par le Parlement en décembre 2025. La loi a fait l’objet d’un contrôle par le conseil constitutionnel et a été promulguée fin décembre 2025, ce qui lui confère une pleine valeur législative. Les nouvelles règles s’imposent donc juridiquement et s’appliquent selon les modalités prévues par la loi.
La réforme de 2023 : rappel et enjeux initiaux
Les grandes lignes de la réforme Borne
Adoptée en avril 2023, la réforme des retraites visait à garantir l’équilibre financier du système par répartition, dans un contexte de vieillissement démographique. Elle reposait principalement sur deux piliers :
- Le relèvement progressif de l’âge légal de départ de 62 à 64 ans, à raison de 3 mois supplémentaires par génération jusqu’en 2032,
- L’accélération de l’allongement de la durée d’assurance à 43 ans, soit 172 trimestres à partir de la génération 1965.
Ces paramètres demeurent le cadre de référence, même s’ils ont été partiellement réaménagés par la LDFF 2026
D’autres mesures accompagnaient cette réforme : la disparition progressive de certains régimes spéciaux (RATP, industries électriques et gazières – IEG, Banque de France, etc.) et des aménagements pour les carrières longues ou les métiers pénibles.
Une application progressive déjà engagée
Avant l’adoption de la LFSS 2026, le relèvement de l’âge légal était déjà en cours. En 2025, l’âge légal de départ était fixé à 62 ans et 9 mois, avec une durée d’assurance requise de 170 trimestres pour le taux plein. Ces paramètres constituent désormais le point d’ancrage retenu pour certaines générations concernées par le décalage du calendrier.
Qui est concerné par la suspension de la réforme et quels effets concrets ?
C’est la question essentielle : quels assurés bénéficieront réellement de la mise en pause de la réforme ?
Les générations directement touchées
Le décalage prévu par la loi concerne 5 générations, nées entre 1964 et 1968. Ces assurés sont directement impactés par le report du relèvement de l’âge légal et, pour certaines générations seulement, par une réduction temporaire de la durée de cotisation requise pour le taux plein. L’ampleur des effets varie toutefois selon l’année de naissance.
Un avantage concret pour les premières générations concernées
Les assurés nés en 1964 et 1965 sont les premiers à bénéficier concrètement de ce décalage. Pour eux, l’âge légal de départ est provisoirement figé à 62 ans et 9 mois. Les générations nées entre 1966 et 1968 bénéficient également d’un report du calendrier initial, sous la forme d’un décalage uniforme de 3 mois par rapport aux âges prévus par la réforme de 2023.
Ce décalage peut sembler modeste, mais il représente un trimestre de salaire en moins et un trimestre de pension en plus, ce qui peut avoir un impact financier réel pour ceux dont la date de départ approche, notamment en cas de trimestres manquants ou de carrière incomplète.
Evolution de l’’âge légal de départ à la retraite et du nombre de trimestres nécessaires au taux plein, à compter du 1er septembre 2026, source : lassuranceretraite.fr :
| Année de naissance | Âge légal de départ à la retraite | Nombre de trimestres requis |
|---|---|---|
| 1963 | 62 ans et 9 mois | 170 |
| 1964 | 62 ans et 9 mois (au lieu de 63 ans) | 170 (au lieu de 171) |
| 1965 (nés du 1er janvier au 31 mars) | 62 ans et 9 mois (au lieu de 63 ans et 3 mois) | 170 (au lieu de 172) |
| 1965 (nés du 1er avril au 31 décembre) | 63 ans (au lieu de 63 ans et 3 mois) | 171 (au lieu de 172) |
| 1966 | 63 ans et 3 mois (au lieu de 63 ans et 6 mois) | 172 |
| 1967 | 63 ans et 6 mois (au lieu de 63 ans et 9 mois) | 172 |
| 1968 | 63 ans et 9 mois (au lieu de 64 ans) | 172 |
| 1969 et après | 64 ans | 172 |
Le tableau ci-dessous présente, par année de naissance, l’évolution de l’âge légal de départ à la retraite et du nombre de trimestres nécessaires pour bénéficier d’une retraite à taux plein, telle qu’elle résulte de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026. Il permet de distinguer clairement l’effet du décalage sur l’âge légal et, pour certaines générations, sur la durée d’assurance.
Coût budgétaire et enjeux pour les finances publiques
Un coût immédiat mais limité
Selon les estimations gouvernementales, ce décalage du calendrier représenterait un coût d’environ 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard d’euros en 2027. Ces montants sont désormais intégrés dans la trajectoire financière votée dans le cadre de la LFSS 2026. Si le dispositif devait être prolongé au-delà de 2027, le coût cumulé pourrait devenir plus significatif et relancer le débat sur de nouveaux ajustements du système.
Cette hausse résulte d’un trimestre de pensions versé en plus pour certaines générations, et d’un trimestre de cotisations perçu en moins pour l’État.
Un équilibre toujours fragile à long terme
Si la suspension devait être prolongée au-delà de 2027, c’est-à-dire à compter de 2028, le coût cumulé pourrait devenir bien plus lourd et relancer le débat sur un nouvel ajustement des paramètres du système.
En résumé : la loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 offre un répit ciblé aux générations proches de la retraite, sans remettre en cause les fondements de la réforme de 2023. Elle permet, pour certains assurés nés entre 1964 et 1968, un départ anticipé de quelques mois et une réduction temporaire du nombre de trimestres requis pour le taux plein. L’incertitude ne porte plus sur la validité juridique du dispositif, désormais promulgué, mais sur l’évolution du calendrier au-delà de 2027 : reprise du calendrier initial, révision des paramètres ou nouvelle réforme selon les orientations du futur exécutif.
Dans ce contexte évolutif, la prudence reste de mise.
Les assurés proches de la retraite ont intérêt à vérifier leur relevé de carrière, à simuler leur âge de départ selon différents scénarios et à anticiper les ajustements éventuels qui pourraient intervenir après la présidentielle.
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